en souvenir de German Castro Caycedo
Confidences recueillies un soir d'ivresse dans un bar de Cali (Colombie)
Moi Wilhem Espinosa, je lègue mon âme au diable. Que je meure si
je mens.
A bigre ! Enfer et damnation ce sacré vapeur sent toute la misère
du monde et, reclus dans le noir, les oreilles bourdonnantes des
coups de paquets de mer contre la tôle luisante de graisse, cru me
rendormir…Puis jeté sans idée précise de droite et de gauche et
vomir de rhum trop sec à la pompe à pif chapardé englouti. Sur le
pont pas mieux pour s'allonger là –haut près des cheminées les
étoiles, sales petit coins de faux espoirs, esbignées par la fumée…
Les types m'ont dit que j'allais finir avec les requins pour avoir
tirer en douce un flingue dont j'avais envie pour soutenir ma petite
amie.
A mon corps défendant embarqué pour une misère de – dix mil pesos
devaluados de nada - mon eustache sous ma chemise j'ai fait contre
mauvaise fortune bon cœur.
Jouer les corps expéditionnaires à moi tout seul et voici
l'aventure que l'on vend à vingt ans aux fils de familles déchus. Je
croyais débarquer dans la torpeur de Miami, mal m'en a pris...
A des années poussière de mon arrogance…Hier déhanché hip hop
salsa, meilleur breaker de l'avenida septima ; pas de bassuco au
Club Campestre à Cali de l'héroïne et de la meilleure.
A bord bordel sans femme
Kapt' Jamaïcain, fusils israéliens, contra nicaraguayens, musique
de merde et cocorocco bien sûr : asi me gusta a mi…Et les hommes en
plus ou en trop.
Au large, effluves de Barranquilla, dépotoirs de toutes nos
outrances, bord de la Colombie non pas rive, rivage ou côte - trop
poétique - bord comme bordel…
« Je suis ta Cumbia tu es mon Merengué » accordéon troué de milles
balles entaillées d'une croix. ..
Toute croix porte un pendu tout pendu porte une croix et toute
église en Colombie abrite un assassin innocent. Tout bateau abrite
des morts vivants.
Oh bus débourbés des villages enfoncés dans la peur des revenants,
des petits frères collants, bus-chèvre qui m'a conduit en bas de la
Sierra Nevada de Santa-Marta, qui m'a conduit de nuit loin de Cali
et de Bogotà - 2600 m de paranoïa au dessus du niveau de la mer,
bus, ramène moi comme au sortir du collège, ramène moi, je veux
porter le poncho sur l'épaule et jouer des boléros pour Alba Inès…
Puis jeté à la mer, j'ai flotté parmi les épiphytes arrachés par
la tempête et à l'aube me suis échoué dans une mare de fuel dans le
port de Santa Marta ; La balle est restée dans mon torse on ne peut
pas y toucher, la balle avec la croix.
Bois mon petit frère cette nuit est la plus belle de ma vie, la
chaleur monte du ciment sur l'avenue déserte, les taxis et les bus
blanco y negro, azul-amarillo, verde-plateada te conduiront à
Juanchito pour danser la Salsa…
Discoteca Don José
90% Salsa
Entrada a Juanchito
Teléfono (572)